Les sections européennes françaises : un exemple d’enseignement bilingue au service de l’interculturalité et de l’Europe.
Ce court article présente l’enseignement et les projets réalisés dans le cadre du dispositif français des « sections européennes ». Il rassemble pêle-mêle quelques pistes et témoignages d’un enseignement au croisement des disciplines et des cultures.
En France l’enseignement en « section européenne » repose sur un renforcement linguistique proposé à une classe et commencé dès le collègue. Au lycée, il se poursuivit par l’enseignement d’une matière obligatoire comme les mathématiques, la biologie ou l’histoire et la géographie dans une autre langue (appelé DNL Discipline Non Linguistique ou EMIL Enseignement d’une Matière par l’Intermédiaire d’une autre Langue) et est sanctionné par une épreuve spécifique au Baccalauréat.
Cet enseignement est prioritairement confié à des enseignants non-linguistes dont l’aptitude à enseigner dans une seconde langue est attestée par une certification délivrée conjointement par les corps d’inspection de la discipline enseignée et de la langue pratiquée. Amorcé de façon expérimentale il y a une dizaine d’années, cet enseignement connaît, aujourd’hui, un grand succès et est dispensé auprès de 120 000 élèves répartis dans 3 400 « sections ».
C’est un pari difficile qui dépasse largement le simple croisement de disciplines. Enseigner dans une autre langue n’est pas simplement traduire une activité ou un enseignement. La raison d’être et le succès de cet enseignement sont de proposer une approche culturelle, une ouverture à de nouvelles problématiques et de réels échanges avec d’autres pays.
L’utilisation d’une langue comme outil ou vecteur d’un nouveau savoir et de nouvelles compétences est un premier apport important. L’enseignement d’une discipline comme l’histoire ou la biologie dans une autre langue offre une forte confrontation du sens des mots et des notions. La langue permet l’accès à des documents ou des outils originaux ainsi qu’aux manuels scolaires étrangers. La pédagogie et le regard sur le savoir en sont profondément changés. On n’enseigne pas de la même façon la géographie, la philosophie ou les mathématiques en Angleterre, en Norvège, en Italie ou en Allemagne. Les élèves saisissent rapidement ce rapport à la discipline et s’ouvrent au jeu de la comparaison.
L’ouverture est aussi renforcée par la composition des groupes. Cet enseignement est accessible aux élèves étrangers et l’on se trouve tous à égalité en apprenant une discipline dans une autre langue. Ainsi les groupes ont bien souvent une hétérogénéité culturelle forte qui enrichit l’approche disciplinaire. On apprend plus sur l’Europe si la leçon est partagée avec deux élèves Britanniques, un Danois, un Irlandais et une Albanaise… Cette ouverture permet aussi de questionner notre système scolaire. Les élèves étrangers témoignant de cultures et de pratiques éducatives fort différentes.
Le choix des sujets et documents est grandement enrichi par la langue. Etudier la géographie de l’Allemagne avec des sources germanophones donne accès à un savoir amplifié et actualisé et aux débats les plus récents. La pratique d’une autre langue favorise l’enseignement par projets originaux. On peut ainsi saisir « les échanges mondiaux » au travers le suivi en direct des flux maritimes accessible en anglais sur internet ou d’une correspondance avec le commandant de bord d’un porte-conteneurs. On peut échanger avec une classe Australienne sur sa représentation du planisphère et faire les mesures de la Terre en réutilisant les outils mathématiques d’Eratosthene… ou partager avec une classe andalouse nos problématiques hydriques. Ce croisement implique un plus fort engagement des collègues non-linguistes dans les échanges avec l’étranger. Cette participation offre une approche nouvelle du traditionnel « séjour ou échange linguistique ». Un déplacement en Italie avec un collègue d’histoire permettra un regard historique sur la Renaissance… un collègue de biologie insistera sur d’autres points au programme des élèves… le séjour devient interculturel. Cette complémentarité des approches culturelles permet la réalisation de projets d’échange de pratiques entre établissements européens dans le cadre des financements communautaire comme le dispositif Socrates ou tout simplement lors de partenariats noués sur my EUROPE.
Ces courts exemples montrent qu’un enseignement ouvert sur d’autres disciplines, une autre langue et des partenariats génère une multitude d’opportunités de bousculer nos pratiques, d’ouvrir nos classes et de proposer une première approche de l’interculturalité. Au-delà du plaisir de se renouveler dans sa classe, c’est aussi le formidable défi de préparer, à l’Ecole, les jeunes citoyens à l’Europe de demain.